5 principes bioclimatiques mis en œuvre à l’école primaire de Gando

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l’école primaire de Gando dans la commune urbaine de Tenkodogo, au Burkina Faso. Photo Nicolas Remene / Le Pictorium

Conçue par l’emblématique architecte burkinabè, Diébédo Francis Kéré, lauréat du Prix Pritzker 2022, l’école primaire de Gando se dresse comme un exemple de l’architecture durable. Situé dans le village de Gando, au centre-est du Burkina Faso, ce projet est une incarnation du bioclimatisme, démontrant comment une approche respectueuse de l’environnement peut être harmonieusement intégrée dans l’architecture. Voici cinq points qui illustrent cette intégration :

1. Frugalité matérielle
L’école primaire de Gando (Source)

L’utilisation des ressources est optimisée en se concentrant sur l’essentiel, minimisant ainsi l’impact sur l’environnement sans compromettre la fonctionnalité de l’espace.

L’école est constituée de plusieurs bâtiments qui servent de les salles de classe, de bibliothèque et d’autres pièces essentielles. Il n’y a pas de technologies superflues, ce qui permet de remplir les besoins fonctionnels et financiers des populations.

La bibliothèque de l’école primaire de Gando by GandoIT/WikimediaCC BY-SA

L’école primaire de Gando est une énième illustration de la beauté dans la simplicité et de l’utile allié à l’agréable.

2. Proximité des matériaux

A l’école primaire de Gando, on a principalement utilisé de l’argile, un matériau local disponible en abondance. L’architecte a intelligemment combiné l’argile avec des tôles ondulées et de l’acier, en suivant des méthodes bien connues dans la région.

Cette approche a un double avantage : elle limite le besoin de transporter des matériaux de construction sur de longues distances, ce qui est bon pour l’environnement, et elle réduit la production de matériaux qui peuvent être nuisibles. L’argile forme la base solide des bâtiments, tandis que les tôles ondulées et l’acier ajoutent de la stabilité et protègent contre les intempéries.

Briques élaborées par les gens du village

En utilisant des ressources locales de manière astucieuse, l’école de Gando montre comment construire de manière moderne tout en respectant la nature qui nous entoure.

3. Harmonisation avec le climat

L’école tire parti des conditions climatiques naturelles pour son éclairage, sa ventilation et son confort thermique, créant ainsi des espaces intérieurs confortables et lumineux.

Une salle de classe de l’école (Source )

Les grandes fenêtres que l’on peut voir sur les façades des bâtiments sont de grands puits de lumière permettant d’éclairer les salles au cours de la journée. En ce qui concerne la ventilation et la thermique, comme nous pouvons le voir sur l’image qui suit, les grandes ouvertures jusqu’au toit assurent la ventilation naturelle: l’air chaud moins dense remonte et sort par les ouvertures tandis que de l’air plus frais entre dans la pièce et est piégé par les parois basses opaques.

Source : https://arquiscopio.com/archivo/2012/10/20/escuela-primaria-en-gando/?lang=fr

Les toits en tôles d’acier surélevés sont l’innovation phare de ce joyau du bioclimatisme. Comme nous pouvons le voir sur le croquis ils permettent de protéger le bâtiment des apports solaires directs. Les rayons du soleil qui arrivent sur la toiture surélevée réchauffent l’air entre le plafond et elle. L’air circule ensuite du fait du mouvement du vent ce qui l’empêche de réchauffer les pièces. En outre, les toits créent des zones d’ombres qui favorisent le rafraîchissement des pièces.

Une autre de leurs fonctions est de protéger la structure en argile de l’eau de pluies. En effet, l’argile humide devient faible et se désagrège sous contrainte, cette solution de grands toits surélevés permet de la garder au sec. Ainsi, les toits constituent une pièce maîtresse de la conception bioclimatique de l’école, alliant fonctionnalité, esthétique et préservation du matériau local.

4. Adaptation saisonnière

En raison des deux saisons distinctes dans la région, le bâtiment est conçu pour remplir deux fonctions principales :

Pendant la saison sèche, alignée sur l’année scolaire, le bâtiment doit offrir un confort optimal aux occupants et répondre aux besoins fonctionnels d’une école.

Pendant la saison humide, correspondant aux vacances scolaires, le bâtiment est spécifiquement conçu pour résister aux fortes pluies.

Le climat au Burkina Faso (Source )

Cette conception ingénieuse a eu un impact significatif, redonnant de l’espoir aux habitants de Gando qui, année après année, voyaient leurs constructions succomber face aux pluies diluviennes. C’est précisément cette capacité d’adaptation et de résilience qui fait de ce projet une véritable illustration de la construction durable, et c’est pour cette raison que nous sommes passionnés par ce type d’initiatives !

5. Engagement communautaire

La construction de l’école a mobilisé la main-d’œuvre locale, renforçant le lien social et offrant des opportunités économiques au village. Bien que ce ne soit pas un principe bioclimatique au sens strict, l’implication de la communauté dans le processus de conception et de construction soutient l’approche bioclimatique.

Les techniques de construction étant simples et bien connues dans la région, former les population du village et les intégrer au processus de construction a été très pratique. Cela a renforcé l’engagement communautaire et le sentiment de responsabilité envers l’école, faisant de cet établissement un bien collectif précieux. Il est devenu un symbole de fierté unissant la communauté autour de l’éducation et de la durabilité.

Conclusion

L’école primaire de Gando transcende la simple fonctionnalité pour devenir un exemple de l’impact positif de l’architecture bioclimatique. Elle illustre comment le retour aux matériaux naturels et les techniques de construction traditionnelles peuvent coexister avec des conceptions innovantes pour répondre aux besoins des communautés défavorisées. Cependant, ce projet soulève également des questions importantes sur l’avenir de l’architecture durable :

  • La construction avec des matériaux dits « anciens » entre-t-elle en conflit avec l’idée populaire du modernisme ?
  • Les bâtiments multi-usages ne seraient ils pas plus pertinents dans une approche d’efficacité maximale ?
  • Face à la croissance démographique, comment le bioclimatisme, les moyens limités et la densification des constructions peuvent ils s’aligner pour un futur durable ?

L’école primaire de Gando par Diébédo Francis Kéré nous invite à repenser nos approches de l’architecture et de l’urbanisme en plaçant le bien-être humain et la responsabilité environnementale au cœur de chaque projet.

Kere primary school extension gando (source)

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